Festival du cinéma chinois en France 2026 : in extremis
par
Brigitte Duzan, 9 mai 2026
2026
sera la 11e édition du Festival du cinéma chinois
en France, organisé par le Centre culturel de Chine à Paris,
l’Administration nationale du cinéma de Chine et le Groupe
Pathé, avec le soutien du China Film Archive, du Musée du
Cinéma de Chine, de l’Ambassade de Chine en France, de la
Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et de nombreuses autres
institutions françaises. Il circulera pendant deux mois dans
plus de dix villes françaises, à partir de son lancement le
10 mai à Paris.
C’est
du moins ce qu’annoncent les quelques informations qui ont
filtré fin avril-début mai. Ce n’est que le 8 mai que le
Centre culturel de Chine a fini par publier une
annonce sur son site,
alors qu’on avait fini par penser que le festival était
mort-né. Et encore aujourd’hui, à la veille du lancement
officiel, on ne dispose toujours pas du programme complet,
ni des salles où les films seront projetés, et donc encore
moins des horaires.
Chinese-movies a donc établi un programme à partir de la
« galerie d’images » publiée, avec l’annonce, sur le site du
Centre culturel – mais ce sont des images « muettes » qui ne
donnent accès à aucun renseignement sur les films, nous les
avons ajoutés.
Ce qui
frappe, dès l’abord, c’est la pauvreté du programme
(non-)annoncé, en contradiction flagrante avec la prétention
du festival à faire découvrir « la vitalité novatrice du
cinéma chinois contemporain ». En fait de vitalité, le
cinéma chinois – au moins dans l’approche officielle qui est
celle de ce festival – reflète plutôt une crise créatrice
devenue crise identitaire : le (non-) programme montre à
quel point il est difficile aujourd’hui pour ce festival
d’arriver à aligner une dizaine de titres récents qui ne
soient pas totalement indigestes – films de guerre ou
grosses comédies qui forment le gros du contingent des
sorties en Chine ces dernières années. Si l’on considère les
huit films de fiction tels qu’ils apparaissent dans les
« images » sur le site du Centre culturel, ils sont en fait
sortis en 2023 et 2024, à l’exception de deux sortis en
2025, dont le dernier Zhang Yimou qui est sans doute ce
qu’il a fait de pire ces dernières années.
Le
festival comporte trois sections : « Nouveaux films,
Classiques et Documentaires ». Rien à découvrir du côté des
classiques : deux grands classiques immémoriaux, « La
Divine » (《神女》)
de Wu Yonggang (吴永刚)
et « Printemps
dans une petite ville » (《小城之春》)
de
Fei Mu (费穆).
Mais on y a ajouté « Enfants de Chine » (《风云儿女》)
ou « Children of Troubled Times » du peintre et réalisateur
Xu Xingzhi (许幸之),
également théoricien de l’art : un film patriotique de 1935
surtout connu pour « La
marche des volontaires»
(義勇軍進行曲)
qui figure au générique, chant devenu l’hymne national
chinois en 1949. Il faut dire que Xu Xingzhi était à
l’honneur en Chine ces derniers temps à l’occasion du 80e
anniversaire de la victoire contre le Japon ; une
gigantesque exposition lui a été consacrée
à l’Institut central des Beaux-Arts de Chine à Pékin (中央美术学院)
intitulée « Une Ode héroïque pour la Chine » (“雄歌一曲献中华”).
C’est sans doute là que le public étranger peut le mieux
apprécier le contexte dans lequel évolue le cinéma chinois
aujourd’hui, qui explique sa relative déliquescence.
Dans
les sections Nouveaux films et Documentaires, la sélection
du festival est pour le moins hétéroclite – ou, selon les
termes du festival : il y en a pour tous les goûts. Notons
au passage que trois des huit films de fiction ont déjà
bénéficié d’une sortie en France.
I.
Fiction
Déjà vu
Mais
éventuellement à revoir pour les deux premiers.
Alors
qu’un jeune garçon revient dans sa ville natale pour les
funérailles de son père, il croise en chemin un ancien
camarade d’école. Ils se remémorent alors leurs souvenirs
d’enfance.
Film
de
Yin Lichuan (尹丽川)
sorti en septembre 2024, porté par le bouche à oreille et
salué par la critique, mais écrasé par le succès populaire
du film faussement féministe « Her Story » (《好东西》)
de
Shao Yihui (邵艺辉)
sorti quasiment au même moment. Il est étonnant – et
réjouissant – de voir le festival programmer le film de Yin
Lichuan, et non celui de Shao Yihui, mais sans doute parce
que « Her Story » est rapidement sorti en France (début
avril 2025) et qu’il y a fait un flop.
Like A Rolling Stone
o
Le Studio photo de Nankin
《南京照片馆》
Film sur le massacre de Nankin écrit et réalisé par
Shen Ao (申奥),
produit par China Film, sorti en Chine en juillet 2025 et en
France le 7 janvier 2026 – avec la même désaffection de la
part de la presse comme du public que pour « Her Story ».
Il est
toujours programmé dans le Quartier latin à Paris.
Le
Studio photo de Nankin (affiche pour la sortie en
Chine)
Le
scénario est fondé sur celui, actualisé, de la production de
1987 du Studio de Nankin ; c’est l’histoire (légèrement
retouchée pour les besoins de la cause) d’un photographe qui
a réussi à préserver des photos prises pendant le massacre
de 1937 - photos qui ont constitué les principaux
témoignages lors du tribunal de guerre sur les crimes de
Nankin en 1946.
Inédits en France
oLove
Never Ends
《我爱你!
》
Film
sorti en 2023, sixième long métrage de
Han Yan (韩延)
adapté d’une bande dessinée coréenne publiée en 2007.
Love Never Ends
Un
employé de zoo à la retraite et veuf depuis dix ans,
acariâtre et solitaire, ne se laisse impressionner par
personne, ni par son médecin, ni par ses enfants. Un jour,
dans le parc où il se promène tous les jours, il rencontre
une femme au caractère aussi bien trempé que le sien qu’il
ne réussit pas à intimider. Dès lors, il ne cesse de croiser
cette femme qui survit en revendant les déchets recyclables
qu’elle collecte ici et là, et qui est hébergée par une
ancienne chanteuse d’opéra souffrant d’Alzheimer en échange
des soins qu’elle lui apporte.
Film
explosif et hilarant, interprété par Ni Dahong (倪大红)
et Tony Leung Ka-fai (梁家辉),
et les comédiennes Kara Wai (惠英红)
et Cecilia Yip (叶童),
mais qui n’en aborde pas moins de manière très sensible le
problème des personnes âgées dans la société d’aujourd’hui.
Love Never Ends, trailer
o
Viva La Vida
《我们一起摇太阳》
Autre film réalisé par
Han Yan (韩延),
sorti en 2024.
Viva La Vida
Histoire d’amour entre deux jeunes atteints d’une maladie
incurable, l’une d’une maladie rénale, en attente d’une
greffe, l’autre d’une tumeur au cerveau, égocentrique et
farfelu. Le film est en parti inspiré d’une histoire vraie
qui avait fait l’objet d’un reportage. Le titre chinois
signifie « Ensemble, faisons trembler le soleil. » De 2023 à
2024, on est passé dans la filmographie de Han Yan, de la
comédie déjantée au mélo lorgnant vers la comédie.
Viva
la Vida, trailer
oThe
Third Squad
(ou Endless Journey )
《三大队》
Un
film sorti fin 2023, produit par
Chen Sicheng (陈思诚)
et réalisé par Dai Mo (戴墨),
adapté d’un récit de Shen Lan (深蓝)
intitulée « Dites au commandant que l’escadron n°3 a achevé
sa mission. » (《请转告局长,三大队任务完成了》).
The Third Squad
En
2002, une fille de 14 ans est violée et tuée chez elle. Le
commandant de l’escadron n°3, Cheng Bing (程兵),
prend l’affaire en main. Mais, pendant l’interrogatoire des
deux suspects, l’un des deux meurt. Cheng Bing est envoyé en
prison. Quand il sort, il apprend que le deuxième suspect
est toujours en liberté et, bien que ne faisant plus partie
de la police, il décide de continuer à le traquer.
Cela
rappelle étrangement le scénario du film de 2014 « The Dead
End » (《烈日灼心》)
de
Cao Baoping (曹保平)
adapté du roman « Tâches solaires » (《太阳黑子》)
de la romancière Xu
Yigua (须一瓜).
oThe
Lychee Road《长安的荔枝》
Film « historique » sortie en 2025, coécrit, réalisé et
interprété par
Da Peng (大鹏)
et adapté du roman éponyme de
Ma Boyong (马伯庸)
inspiré par la fameuse histoire de la concubine impériale
Yang Guifei (杨贵妃)
qui raffolait de ces fruits.
The Lychee Road
Le
film suit l’inspecteur Li Shande (李善德)
du Bureau des Jardins impériaux, chargé par l’empereur
Xuanzong de rapporter les fruits de Lingnan, dans le sud, à
Chang’an – mission qu’il accepte dans l’espoir de pouvoir
rembourser ses dettes. Mais les fruits s’abîment en trois
jours, et il faut un mois pour couvrir les quelque 2 500
kilomètres…
The Lychee Road, trailer
oScare
Out
《惊蛰无声》
(le réveil silencieux des insectes)
Film
d’espionnage de
Zhang Yimou
sorti en Chine le 17 février 2026, pour le Nouvel An
chinois.
Scare Out
Des
informations cruciales pour la sécurité nationale chinoise
ont été compromises, poussant l'unité de sécurité nationale
à lancer une opération immédiate afin de démasquer le
traître à l'origine de la fuite. Mais les soupçons se
tournent vers l’intérieur même de l’unité.
On
croirait le scénario d’un film d’espionnage des années
1950-1960, où les espions contre-révolutionnaires étaient
partout à l’affût pour détruire la Révolution. La différence
est juste dans la technologie qui en fait un film haletant…
pour rien.
Une
production Alibaba. Avec Jackson Yee dans le rôle principal
– l’acteur principal du « Résurrection »
(《狂野时代》)
de
Bi Gan (毕赣),
mais aussi du film précédent de Zhang Yimou, « Full River
Red » (《满江红》).
Le film est coté tout juste 6 sur douban. Il suffit
de regarder deux minutes le trailer.
Scare Out, trailer
II.
Animation
Ni
pour les petits ni pour les grands.
o
Curious Tales of a Temple
《聊斋:
兰若寺》
Long
métrage d’animation (152’) produit par Lightchaser
Animation, et sorti en Chine en juillet 2025.
Curious Tales of a Temple
Contraint de passer la nuit dans un temple bouddhiste
abandonné, un jeune lettré du nom de Pu Songling est capturé
par deux esprits métamorphosés en crapaud et en tortue.
Emprisonné au fond d’un puits, il est sommé de juger la
qualité de diverses histoires qui lui sont contées. Il
écoute — et finit par raconter lui-même ses propres
histoires.
Comme
l’indique le titre chinois, le film est inspiré des « Contes
du Liaozhai » (《聊斋志异》)
de Pu Songling (蒲松龄).
Il est en six parties, dont cinq sont des adaptations de ces
contes, chaque partie étant réalisée par un cinéaste
différent : « Le prêtre taoïste du mont Lao » (《崂山道士》),
« La Princesse Lotus » (《莲花公主》),
« Nie Xiaoqian » (《聂小倩》),
« La Peau peinte » (《画皮》)
et « La fille de Lu Gong » (《鲁公女》).
Cela
aurait pu faire une série intéressante, en six épisodes. Tel
qu’il est, le film est long, et le dessin terriblement
banal. Et seul « La Princesse Lotus » est vraiment pour les
enfants.
Curious Tales of a Temple, trailer
oNobody《浪浪山小妖怪》
ou
L’Été du petit monstre : Il était une fois le mont Langlang
Comédie fantastique chinois en animation 2D traditionnelle,
produit par le Studio d'animation de Shanghai et quelques
autres, et sorti en Chine début août 2025.
Une
sorte de « Voyage en Occident » (Xijouji) sur le mode
clownesque et fantastique.
Nobody
III. Documentaires
Si l’on passe sur les biopics, sur le peintre Zao Wuki ou le
compositeur
Chen Qigang
(陈其钢),
ou le documentaire sur Zhongdu, « la cité oubliée de la
dynastie des Ming », réalisé en coproduction par le
documentariste français
Stéphane Bégoin,
il reste un documentaire chinois original mais aussi à la
gloire des réalisations chinoises.
o
Shenzhou 13
《窗外是蓝星》
Un
film, sorti en Chine en septembre 2025, du jeune réalisateur
Zhu Yiran (朱翌冉),
mais qui n’a pratiquement pas touché la caméra car c’est le
premier documentaire filmé dans l’espace, par les trois
astronautes de la mission en orbite de six mois de la
station spatiale Tiangong.
Shenzhou 13
Note complémentaire
11 mai
2026
Le
site official du festivalest
désormais en ligne, avec l’indication de quelques séances
dans quelques cinémas.