« Résurrection » de Bi
Gan : en attendant de le revoir, premières analyses et
réactions
par
Brigitte Duzan, 3 janvier 2026
« Résurrection » (Kuángyě Shídài 《狂野时代》) est le
troisième ovni de
Bi Gan (毕赣),
après (pour les longs métrages) « Kaili
Blues » (《路边野餐》) en
2015 et « Long
Day’s Journey into Night » (《地球最后的夜晚》)
en 2018. Le film était en compétition au festival de Cannes
en mai 2025, ajout de dernière minute annoncé le 8 mai, cinq
jours avant l’ouverture du festival car le film a été prêt
in extremis ; il s’y est vu décerner le « prix spécial ». Il
a ensuite été présenté en octobre au festival de Pingyao
(平遥国际电影展) où Bi Gan a été élu cinéaste de l’année (年度电影人)
aux côté de
Huo Meng (霍猛)
et
Cai Shangcun (蔡尚君),
avant de sortir sur les écrans chinois en novembre.
« Résurrection » s’avère source de controverses aussi vives
et de divisions aussi irréconciliables que le film
précédent, et d’une incompréhension quasi générale suscitant
l’admiration aussi bien que la critique. On n’en finirait
pas de citer les dithyrambes réducteurs et trompeurs, à
commencer par celui du festival de Cannes : « conte
post-apocalyptique sur la mémoire ».
Il est
indéniable que le film est obscur si l’on s’attache à y
chercher un fil narratif élusif, car « la radicalité a un
prix … le mystère narratif »
[1].
D’où une admiration sans borne pour la beauté de l’image et
une critique du même aloi sur le fond. Pourtant, un maximum
a été fait par la production pour éviter les déboires
commerciaux des films précédents, et en particulier en Chine
en jouant sur le star system avec une affiche de blockbuster
mettant en avant les deux vedettes en tête de la
distribution : Shu Qi (舒淇)
et Jackson Yee (Yi Yangqianxi
易烊千玺).
D’où la
différence de conception des affiches : celle du festival de
Cannes dans le bleu brumeux du conte et du rêve et celle
pour la sortie en Chine, avec les visages des interprètes
sur fond rouge.
Affiche cannoise
Affiche chinoise
üMais
enfin… de quoi ça cause ?
C’est ce
que m’avait demandé, agacée, une éditrice qui m’avait
commandé une « fiche » sur un roman et à laquelle j’avais
surtout exposé ses qualités d’écriture : mais enfin, de quoi
ça cause ?
Difficile
à dire tout particulièrement pour « Résurrection », parce
que, comme c’était le cas pour le roman, tout tient dans
l’écriture, et dans l’image. Il est assez significatif que
personne n’en ait une vue très claire, de ce que « ça
raconte », et encore moins quand, pour éluder le problème,
le critique prétend s’en remettre « au synopsis officiel »,
en se gardant bien de le citer mais on devine qu’il s’agit
de celui
donné par le festival de Cannes.
Or, en le lisant, ce synopsis, sur le site du festival, on
se demande si on a bien vu le même film :
« Dans Résurrection,
une femme, après une opération cérébrale, se retrouve en
état de semi-conscience dans un monde dévasté. Elle y
découvre le corps inerte d’un androïde, auquel elle décide
de raconter, nuit après nuit, des récits tirés de l’histoire
de la Chine. Ces récits réactivent peu à peu les sens du
robot. À la fin de son récit, elle se retrouve face à un
dilemme : retourner dans le monde réel, ou rester aux côtés
de cette entité mécanique pour laquelle elle commence à
éprouver des sentiments.
Avec ce
nouveau film, Bi Gan introduit davantage d’effets visuels et
opère une forme de démocratisation de sa narration… »
Démocratisation de la narration ?
Pour
autant qu’une narration puisse être démocratique, celle de
« Résurrection » l’est vraiment très peu. Et elle l’est
d’autant moins qu’elle doit passer par le filtre de la
traduction pour le cinéphile étranger et que le film repose
dès l’abord sur des termes difficilement traduisibles, le
premier étant celui qui désigne le personnage principal,
rêveur halluciné, enchanté, perdu dans ses rêves de cinéma
au point d’en perdre son âme : míhún zhě“迷魂者”
[2],
véritable allégorie du cinéma.
Le
rêveur enchanté
Quant à
cette femme qui le trouve momifié et, tel un démiurge, le
fait revivre en le replongeant dans ses rêves de cinéma,
elle est désignée par le simple terme de dà tā zhě “大她者”,
dà comme
grand et tā comme « elle » : entité féminine suprême
non sans connotations mythiques, des déesses-mères antiques
aux divinités fondatrices chinoises, Nüwa (女娲)
en tête, ou Mystérieuse divinité des neuf ciels (九天玄女)
selon la tradition taoïste, sur fond de recherche de
l’immortalité.
Disons
que, dans son intention première, le film est un hommage à
un siècle de cinéma, fondé sur les expériences personnelles
du réalisateur, une célébration des films qui l’ont marqué
autant qu’ils ont marqué le siècle, et qui ont contribué à
son imaginaire et à son art. Forcément, dans ces conditions,
tout spectateur est en décalage avec les images du film et
doit reconstruire mentalement celles qui lui sont proposées
comme images-types de l’univers du réalisateur et de son
cinéma. Libre à chacun de les reconstruire à sa manière, en
fonction de ses goûts, de sa culture, de sa propre
imagination. Plus que tout autre film, et comme toute œuvre
littéraire ou artistique, « Résurrection » est une œuvre
reconfigurée par chaque regard, en s’aidant des indications
données par Bi Gan lui-même et celles que l’on peut induire
du texte.
Une
histoire en six chapitres
L’idée
première de « Résurrection » est que l’humanité a perdu sa
faculté de rêve. Dans ce contexte, une femme-démiurge tente
de faire renaître une sorte de monstre tel un Frankenstein
momifié en lui faisant revisiter des rêves nés du cinéma,
comme autant de réalités illusoires mais vivantes dans la
mémoire.
Comme Bi
Gan l’a expliqué dans divers interviews au moment de la
sortie du film à Cannes, « Résurrection » est structuré en
six parties correspondant aux cinq sens, plus le sixième :
la conscience. On retrouve là la trame d’un concept
bouddhiste que Bi Gan a commencé à explorer dans son court
métrage de 2012 « Le Sutra du diamant » (《金刚经》)
et qu’il cite dans « Kaili Blues » où l’on retrouve les
mêmes personnages, dans une variation de leur histoire.
En outre,
chacune des parties de « Résurrection » correspond à la fois
à une période de l’histoire de la Chine et à un genre
cinématographique qui lui est lié, dessinant comme une
encyclopédie historique du cinéma illustrée à l’écran et
passant du bleu de la mémoire au rouge de la fin de siècle
pour se terminer dans la non-couleur de lendemains
incertains.
1ère
partie : la vue (le regard).
Période ducinéma muet.
Hommage
introductif à Nosferatu et à l’expressionisme allemand, aux
frères Lumière et à leur « arroseur arrosé » de 1895, ainsi
qu’au « Voyage dans la lune » de Méliès (1902) : c’est là un
véritable hommage au cinéma, celui, quasiment expérimental,
des débuts, donc celui qui correspond le mieux à l’art de Bi
Gan.
L’arroseur
arrosé des frères Lumière
L’arroseur arrosé de Bi Gan
Le Voyage
dans la lune de Méliès
2e
partie : l’ouïe.
Époque
républicaine (années 1920-1940)
C’est
l’époque des films d’espionnage et des luttes de factions.
Le « rêveur » tente d’échapper aux menaces politiques et de
protéger une boîte/valise mystérieuse. Il tombe dans un
piège, est kidnappé par un musicien qui joue la sonate n° 4
BWV 528 de Bach sur un thérémine (un instrument de musique
électronique inventé … en 1920). La séquence se termine par
un échange de tirs dans une galerie de miroirs comme dans
« La Dame de Shanghai » d’Orson Welles (1948).
L’ombre des films d’espionnage
Il faut
aimer les films d’espionnage pour apprécier et pouvoir citer
les références. C’est la partie la plus ésotérique, celle
qui tourne le plus à l’exercice de style dans un maelstrom
de valises comme leitmotiv.
3e
partie : le goût (et la bouche).
Période
maoïste. Une vingtaine d’années encore se sont écoulées.
Cette
partie se passe dans un temple dilapidé et vandalisé, sous
la neige. Le « rêveur » est devenu moine ; il a une rage de
dents qui l’empêche d’atteindre l’éveil. Mais, arrachée, sa
dent se transforme en Bouddha, ou plutôt en « esprit
d’amertume » (苦魂)
[3]
qui revient poursuivre un dialogue avec le moine. À la fin,
celui-ci confesse avoir tué son père malade qui voulait
mourir, en lui donnant de la nourriture empoisonnée – d’où
sa punition et renaissance en « chien » (小狗).
C’est la
partie la plus intéressante, celle qui renvoie aux
préoccupations les plus profondes et les plus personnelles
de Bi Gan telles qu’on les perçoit à travers ses films : une
pensée mêlant taoïsme et bouddhisme, illustrée par un jeu de
lettré sur les caractères « amer » et « doux/sucré », gān
/ kǔ
甘/
苦,
indissociables comme les deux faces d’une même pièce, comme
une métaphore de la vie (人生的隐喻),
tout en répondant au thème du goût – on dit bien des
vicissitudes de la vie que c’est « manger de l’amertume » (chīkǔ
吃苦). Il est dit :
甘在口内,苦在舌外
gān zài
kǒu nèi, kǔ zài shé wài
la
sensation du doux est à l’intérieur de la bouche, celle de
l’amer à l’extérieur de la langue
[4].
Les
caractère gān et kǔ sont tracés sur la neige
avec des bouts de bois et sur la surface d’un étang couvert
de lentilles d’eau dont les lentilles se referment pour tout
effacer.
Les
caractères gān et kǔ dans la neige
4e
partie : l’odorat (et le nez).
Période de
réforme et d’ouverture.
C’est une
grande période d’arnaques. Le rêveur est un escroc, un faux
magicien. Il monte un tour de cartes avec une petite fille
qui prétend deviner les cartes à leur odeur, afin
d’escroquer un homme riche passé à la télévision pour dire
qu’il recherche des gens aux pouvoirs spéciaux – en fait
pour déchiffrer une lettre de sa petite-fille, qui est morte
– ce qui pose en filigrane le délicat problème de la
relation père-fille, double ici. L’entrevue se passe au bord
d’une piscine dans un décor… de rêve. L’homme est
subtilement escroqué.
Un monde
de menteurs, un mode d’escrocs (骗子) :
comme dans
le monde de voleurs
de
Feng Xiaogang (冯小刚),
l’escroquerie est portée au rang de stratagème à l’ancienne,
d’art suprême, comme une seconde nature, la comédie en moins
et quelques énigmes en plus comme des charades enfantines
[5].
5e
partie et dernier rêve : le toucher (et le corps).
Fin du 20e
siècle.
C’est le
dernier rêve, le soir du passage à l’an 2000. Le rêveur est
maintenant un jeune voyou aux cheveux teints en blond qui
tombe amoureux d’un vampire, en fait plutôt un zombie qui
vit la nuit
[6].
Ils vont vivre jusqu’au lever du jour, l’aube du deuxième
millénaire. À ce moment-là, le rêveur a conscience que son
destin touche à sa fin – le passage à l’an 2000 était
préfiguré comme la fin des temps. Les deux personnages ont
des destins synchronisés. C’est la fin de toute une époque,
la fin des vampires comme la fin des rêveurs.
Toute
cette séquence semble avoir été inspirée par la chanson que
chante Huang Jue (黄觉),
le chef du gang des vampires qui va poursuivre notre rêveur…
chanson thème de la série télévisée hongkongaise réalisée
par
Chor Yuen (楚原)
et diffusée en 1983 : « The Roving Swordsman » (《大俠沈勝衣》).
Huang Jue est doublé, dans un écran de télévision derrière
lui, par celui qui a rendu la chanson célèbre, Roman Tam
Pak-sin, connu sous son nom de scène de Law Man, ou Luo Man
(羅文transcription cantonaise de Roman), surnommé le parrain
de la cantopop.
La
chanson, thème de la série télévisée 《大俠沈勝衣》, par Law Man
La
séquence mériterait une analyse plus poussée car la mise en
scène est sur plusieurs plans, avec, en toile de fond sous
l’écran de télévision, des ombres de combattants de wuxia
qui passent en simulant des combats, comme dans
l’enregistrement d’une autre chanson de Law Man, thème d’une
série télévisée adaptée de romans de
Gu Long (古龙) :
Xiaoli Feidao (《小李飞刀》) - série coréalisée par le
grand chorégraphe d’arts martiaux Yuen Woo-ping (袁和平) qui,
elle, a été diffusée, à Taiwan, … en août 1999.
La chanson
thème de Xiaoli Feidao chantée par Law Man
Cette
séquence (où nous sont épargnés les feux d’artifice, au
profit du lever de soleil) apparaît ainsi comme un hommage
nostalgique à la cantopop bien plus qu’aux films
hongkongais, et le choix de Law Man pour l’incarner est bien
plus original que l’aurait été celui de
Leslie Cheung
qui a lui aussi interprété la chanson de la série de 1983.
Ajoutons
encore que, dans cette séquence, Huang Jue fait
implicitement le lien avec le film précédent de Bi Gan,
« Long Day’s Journey into Night » (《地球最后的夜晚》),
dans lequel il interprète le rôle principal de Luo Hongwu (罗纮武)
– Luo qui rappelle en retour le nom de Law Man.
Disons
pour terminer que cette 5e partie comporte un
long plan-séquence d’une demi-heure devenu la signature de
Bi Gan (mais tourne ici à l’exercice de style tournant à
vide) et qu’elle s’achève sur une péniche qui semble aller
vers un avenir incertain. Mais ce n’est sans doute pas pour
rien, non plus, que l’on reconnaît là la métropole
emblématique de Chongqing, sur le Yangtsé : on pense à cette
série documentaire, « L’élégie
du fleuve » (Héshāng《河殇》),
qui a déchaîné les passions en 1988 avant d’être interdite
l’année suivante – une « élégie » à la gloire d’un « rêve
d’Aufklârung »
[7]
entre modernité et tradition.
6e
partie :retour cyclique au début, tous sens abolis.
Hors du
temps ?
Le rêveur
n’a plus de rêve à revivre, plus de réincarnation possible.
La femme le rhabille en vêtements funéraires et le
remaquille pour l’ensevelir dans les abîmes du temps.
Nous
sommes de retour à la partie introductive, mais aussi de
retour au cinéma : dans une salle imaginaire où les
spectateurs tels des ombres lumineuses se dissolvent peu à
peu, avec le décor et toute la salle, en se fondant dans le
néant.
üEt alors ?
Fin du cinéma ?
C’est ce
que semble annoncer la fin du film : un grand voyage vers la
fin du cinéma que préfigurait peut-être le grand voyage vers
la nuit du film de Bi Gan sept ans auparavant. En même
temps, la fin est ouverte. Y aurait-il une vie après la
mort ?
Fin
de la magie du cinéma
Dans un
article paru dans la New York Review
fin 2025, le rédacteur attitré de la revue cite en appui de
son analyse l’essai de Susan Sontag « The
Decay of Cinema »
paru dans le New York Times en février 1996 : ce siècle de
cinéma, dit-elle, « semble former un cycle de vie – une
naissance inévitable, la constante accumulation de gloires
et, au cours de la dernière décennie, l’amorce d’un déclin
irréversible et ignominieux. Ce n’est pas que l’on ne puisse
plus espérer voir de nouveaux films à admirer, mais non
seulement de tels films doivent être des exceptions, … ils
doivent être en outre en violation des normes et pratiques
en vigueur… » Et elle continue : « Ce n’est pas tant la fin
du cinéma à laquelle on assiste que la fin de la cinéphilie
– c’est-à-dire de cet amour très spécial qu’a inspiré le
cinéma, un amour fanatique né de la conviction que le cinéma
est un art à nul autre pareil ». D’où un cinéma comme une
religion, une croisade. Un art et un mode de vie.
En même
temps, souligne encore Sontag, l’année de naissance du
cinéma – 1895 – a vu la naissance concomitante de deux types
de films : la transcription à l’écran de la vie, la vie
réelle (les frères Lumière) et les films fondés sur
l’invention, l’illusion, la fantaisie (Méliès). Mais, à
l’époque, le seul fait de capter la réalité la plus banale
(comme l’arrivée d’un train dans une gare) était déjà une
expérience fantastique. Le cinéma s’est perpétué sur cette
illusion et cet émerveillement, renouvelé à travers les
révolutions formelles.
Or
aujourd’hui, et tout particulièrement en Chine, le cinéma se
meurt de la fin de l’émerveillement, de la magie du cinéma,
la fin de la ferveur, aurait peut-être dit Gide. On est
entré dans l’ère de « l’industrie » et des financements
internationaux, or l’industrie demande des profits et tue
les ambitions artistiques. Et après ? Une « résurrection » ?
Quelle résurrection ?
Le titre
de ce troisième long métrage de Bi Gan, en fait, est
double : le titre chinois – une ère sauvage (Kuángyě
Shídài 《狂野时代》)
– semble être un constat, comme le bilan du siècle écoulé :
une ère de destruction, de la foi, de l’amour, de l’art, au
cinéma comme ailleurs. Une période où l’impératif de
croissance a tué le rêve, ne laissant plus que le triste et
banal quotidien.
Mais ce
n’est pas pour rien que le film est aussi intitulé
« Résurrection », en anglais comme en français. Car c’est
aussi la conclusion de Susan Sontag à la fin de l’article
cité : « la résurrection du cinéma ne peut venir que de la
naissance d’un nouvel amour du cinéma » ("If cinema can be
resurrected, it will only be through the birth of a new kind
of cine-love.” ).
C’est ce
que semble augurer Bi Gan : la naissance d’un nouveau cinéma
capable de susciter une ère nouvelle de passion
cinéphilique. Cependant, sa méthode peut laisser dubitatif.
Le cinéma, pour survivre, doit se réinventer, inventer de
nouvelles idées, de nouvelles formes, et ce au-delà des
pures techniques. On voit bien que sa tentative de filmer en
3D (dans « Long Day’s Journey into Night ») était ce qu’on
pourrait appeler de l’esbroufe, sans lendemain. Mais sa
volonté évidente de brouiller toute ligne narrative dans
« Résurrection », en laissant l’image seule porter le
sous-texte, pour aussi belle qu’elle soit, se solde
apparemment par un nouvel échec, en dépit des clameurs de la
production annonçant un nouveau « cinéma d’auteur
commercial ». On nage ici dans la contradiction,
contradiction dans les termes qui tentent de camoufler une
nouvelle esbroufe, commerciale celle-ci, de la même nature
que celle qui avait annoncé « Long Day’s Journey Into
Night » comme un grand mélo romantique et avait failli tuer
le film. On n’est pas loin du monde d’escrocs que nous
décrit, justement, « Résurrection ».
Il faut
reconnaître qu’il restera un film obscur pour le grand
public, une sorte de puzzle halluciné à déchiffrer, et que
l’éblouissement devant la beauté des images ne sera jamais
qu’un pis-aller. Et c’est très bien ainsi. Les grandes
œuvres sont rarement des succès commerciaux. Il y faut la
foi et la ferveur, chez les producteurs aussi, et une simple
adéquation entre un projet artistique et son enveloppe
budgétaire.
La preuve
d’une grande œuvre, ce n’est pas son box office, c’est la
réflexion et l’émerveillement qu’elle continue de susciter …
longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont
disparu.
[2]
Traduit « Le
rêvoleur » dans les sous-titres français.
[3]苦魂 : terme
qui rappelle celui de míhún zhě
“迷魂者"
désignant notre rêveur
au début, comme si le cinéma, par le pouvoir
envoûtant du rêve, parvenait à dissiper l’amertume
de la vie.
[4]Bi Gan joue
sur les caractères gān
甘,
kǒu 口
et shé 舌:
le caractère usuel pour dire « sucré » est tián甜
avec le caractère shé舌
comme clef.
[5]Mais pas
très justes : « Que peut-on faire seul, pas à
deux ? » - « Rêver » (做梦)…
[6]Elle
s’appelle Tai Zhaomei (邰肇玫),
tous les personnages ont un nom, comme une fiche
d’identité, mais on n’y fait pas attention…