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Duanju :
le micro-drama pour smartphone, le divertissement en format
de poche
par
Brigitte Duzan, 9 octobre 2026
Le
duanju ( 短剧),
micro- ou mini-drama, est la dernière invention, née en
Chine, pour distraire un public qui recherche un
divertissement à consommer en quelques minutes, en payant
bien sûr.
Définition rapide
Les
duanju sont conçus comme des séries très courtes
comparées aux séries télévisées, produites en format
vertical pour visionnage sur téléphone.
Une
série typique comporte quelques dizaines d’épisodes d’une à
deux minutes. Il faut très vite retenir l’attention, et,
comme les conteurs d’autrefois et comme dans les romans
classiques à chapitres de la littérature chinoise, terminer
chaque épisode par un suspense de nature à inciter le
lecteur-spectateur à revenir pour la suite. Le début est
gratuit, mais les épisodes suivants sont payants,
éventuellement par abonnement.
C’est
le modèle de la littérature sur internet, qui se lit de plus
en plus sur smartphone, et c’est là aussi que le duanju
va chercher ses histoires, sur les thèmes et genres
usuels de mélo, de
wuxia,
de
crime et de vengeance, de fantastique et autre. Des
histoires à faire pleurer, à faire rire ou à faire peur,
mais toujours avec effet de suspense.
Développement accéléré
Le
duanju est lié au développement de la webfiction,
surtout à partir du début des années 2000. Il a pour
antécédent les courts métrages vidéo produits et diffusés
par Youku Tudou à partir de 2013. Mais c’est à partir de
2018 que le duanju s’est vraiment développé, avec des
courtes vidéos diffusées sur des plateformes comme Douyin (抖音),
leader des médias sociaux en Chine, et son principal
concurrent Kuaishou (快手),
lancé en 2011, et orienté vers un public plus rural.
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Douyin |
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Mais c’est Kuaishou qui a été l’une des premières
plateformes à reconnaître le potentiel commercial du
duanju, avec la création en 2019 de sa section « Kuaishou
duanju » (快手短剧),
en lien avec le développement du commerce électronique par
la plateforme.
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Kuaishou |
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Le duanju a été officiellement reconnu en 2020 comme
genre audiovisuel en ligne à part entière par
l’Administration nationale de la radio et de la télévision (国家广播电视总局).
Depuis
lors, le format s’est professionnalisé et standardisé, avec
des cycles de production très courts (le plus souvent de
moins de deux semaines pour une série). À partir de 2022,
c’est devenu une véritable industrie, et la croissance a
explosé.
À la
fin de 2024, selon le
china daily,
on comptait plus de 3 000 micro-dramas produits en Chine,
diffusés ou en attente de diffusion. Le même article
chiffrait à plus de 16 000 le nombre de nouvelles sociétés
de micro-dramas enregistrées en Chine en 2024, en
augmentation de 80 % sur l’année précédente. Cette
croissance exponentielle était en contraste avec le secteur
en déclin des séries télévisées : 236 ont été produites en
2024, 33 de moins qu’en 2023, marquant un déclin continu sur
quatre années consécutives. L’industrie du duanju
apparaît ainsi comme une bouffée d’air pour les jeunes
diplômés sans emploi.
C’est
encore plus vrai en 2025-2026. Le secteur du duanju
est celui qui a enregistré la croissance la plus rapide de
toute l’industrie chinoise du divertissement, et ce à un
moment où le cinéma chinois aussi est en perte de vitesse,
le déclin s’étant manifesté de manière frappante lors de la
semaine de congés de la fête nationale du 1er
octobre 2026 : selon un
article du South China Morning Post
daté du 8 octobre faisant état de chiffres publiés par
l’Administration du cinéma, les recettes du box office pour
cette période de congés en 2026 ont été en diminution de
36,5 % par rapport à la période correspondante de 2025
.
Cependant, après ce départ en flèche, le duanju
affronte déjà des difficultés.
Premiers problèmes
Les
problèmes qui se profilent tiennent essentiellement aux
coûts et aux contenus, et ils sont liés.
Problèmes de contenu
Le
secteur s’est professionnalisé, les temps de production sont
très rapides, mais le modèle repose sur des coûts réduits au
minimum. Pour optimiser la rentabilité, il est désormais
fait appel à l’intelligence artificielle. Le recours à l’IA
est devenu systématique, pour les décors, les costumes, les
couleurs… et même les acteurs. C’est ainsi qu’une
« actrice » virtuelle entièrement générée par IA est devenue
récemment célèbre pour son rôle dans une série dont le
premier épisode a été diffusé sur douyin en juin 2026 :
Fang Taozi (方桃子).
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Fang Taozi dans le micro-drama « The Laid-off Girl »
《被裁掉的女孩》 |
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L’ « actrice » est assez réaliste, mais ses capacités
d’expression sont limitées. Le problème est que le système
tend à uniformiser les productions. Et ce défaut vient
renforcer la pauvreté des contenus, tirés des romans
diffusés sur le web chinois qui tournent autour des mélos
pour ados et des histoires inspirées des grand thèmes
classiques, wuxia, fantastique, fiction
pseudo-historique ou policière. L’important est de tout de
suite captiver le spectateur pour qu’il continue, en payant,
soit par épisode, soit par abonnement, comme pour les romans
sur internet…
L’une
des solutions pour accroître les revenus est l’exportation,
des séries et du modèle. On voit donc se multiplier les
plateformes à l’étranger : succès aux États-Unis et dans le
sud-est asiatique (auprès de la diaspora chinoise), plus
mitigé en France où les usagers renâclent contre une
publicité intempestive, plus longue que le drama lui-même -
les recettes publicitaires sont plus élevées que celles des
abonnements.
Cependant, le succès initial du duanju était un effet
de curiosité, en particulier pour les créations par IA. Il
ne peut que s’éroder à la longue. Si l’on veut développer le
modèle au-delà de ses exigences de format, pour un public
plus large, et peut-être plus averti, il faudra donc soigner
le contenu, en engageant de bons scénaristes – ce qui a
aussi un coût. C’est le même problème que pour le cinéma.
Mais on pourrait alors avoir un duanju qui puisse se
poser non pas en rival du cinéma, mais comme création
originale aux côtés du film traditionnel en salles. Ceci
dit, sans aller jusqu’au duanju, le court métrage
pourrait être un format beaucoup plus intéressant, limité
pour l’instant en grande partie aux films de fin d’étude.
Réveil de la censure et problèmes de droits
Le
duanju s’est développé jusqu’ici en parfaite impunité,
mais il est déjà rattrapé par la censure. Comme l’annonçait
le South China Morning Post dans un article d’avril 2026,
les autorités de régulation du secteur ont lancé une
campagne de deux mois pour éliminer les contenus « néfastes,
vulgaires et piratés » des dramas diffusés. L’Administration
nationale de la radio et de la télévision a précisé que la
mesure concernait les contenus du huit types dont : ceux
néfastes aux enfants, ceux contenant des scènes
« sexuellement suggestives », les récits louant la richesse,
des vues « déformées » sur le mariage et les relations
conjugales, et tout ce qui concerne les superstitions et la
violence, en s’attaquant tout particulièrement aux titre
sensationnalistes et provocateurs.
Par
ailleurs sont également en ligne de mire les violations de
droit d’auteur. En octobre 2024, la Cour populaire suprême a
tranché un conflit opposant Tencent à Kuaishou, accusé
d’héberger des vidéos piratées diffusées sur Tencent. Le
jugement a souligné la responsabilité juridique des
plateformes de distribution en matière de diffusion illégale
de contenus.
Or la
censure a laminé le développement des
danmei
(耽美)
en Chine, et tout particulièrement de leurs adaptations
télévisées, qui s’adressent justement peu ou prou au même
public que les duanju.
Le
duanju a cependant pour lui de représenter un potentiel
de croissance, et de création d’emplois, à un moment où le
marché de l’emploi est atone. Reste à savoir si cela suffira
à le sauver en Chine, sinon il lui faudra se contenter du
marché extérieur où les plateformes chinoises sont déjà bien
implantées – témoin Douyin avec TikTok, qui développe
justement des contenus qui seraient impossibles en Chine.
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