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Stephen Chow 周星馳

Présentation

par Brigitte Duzan, 16 août 2026

 

Acteur jusqu’en 2008, scénariste, réalisateur et producteur hongkongais, Stephen Chow a réalisé onze films de 1994 à 2026.

 

 

Stephen Chow (photo Hollywood Reporter, juin 2026)

 

 

Né à Hong Kong en 1962, de parents venus de Shanghai qui divorcent quand il a sept ans, il a grandi en rêvant de devenir star de kungfu, comme Bruce Lee. Après le lycée, il participe donc à un stage de formation d’acteurs de la télévision TVB (Television Broadcast) et, en 1983, devient animateur d’une émission pour enfants. À partir de 1987, il joue dans des séries télévisées populaires.

 

Acteur de comédies

 

Il commence au cinéma en 1988, dans le film « Final Justice » (《霹靂先鋒》) de Parkman Wong, rôle qui lui vaut en 1989 le prix du meilleur acteur dans un second rôle au festival du Golden Horse à Taiwan. Il joue ensuite dans des films d’action, dont « Just Heroes » (《義膽群英》) de John Woo (吴宇森).

 

1990 marque ensuite un tournant dans sa carrière : il interprète le rôle principal  dans le film « All for the Winner » (《赌圣》) de Jeffrey Lau (劉鎮偉) et Corey Yuen (殷元奎). Comme l’indique le titre chinois du film (Du sheng 赌圣, les dieux du jeu), il s’agit d’un pastiche de la comédie d’action « God of Gamblers » (《賭神》) de Wong Jing (王晶) sortie l’année précédente. Le succès de cette comédie en fait dès lors le genre de prédilection de Stephen Chow.

 

Après « Fight Back to School » (《逃學威龍》) de Gordon Chan (陳嘉上), l’un des plus grands succès du cinéma de Hong Kong en 1991, Stephen Chow enchaîne huit films, dont « Fist of Fury 1991 » (《新精武門1991) et sa suite l’année suivante, une parodie du « Fist of Fury » (Jingwu men 《精武門》) de Lo Wei (罗维) sorti en 1972, avec Bruce Lee dans le rôle d’un élève de Huo Yuanjia (霍元甲).

 

Réalisateur à partir de 1994

 

Ø  1994-1996 : humour loufoque et parodie

 

La parodie est devenue le genre privilégié de Stephen Chow, y compris les deux premiers films qu’il réalise, dans lesquels il met en scène et interprète une parodie de James Bond : « Bons baisers de Pékin » (《國產凌凌漆》) et « Forbidden City Cop » (《大內密探零零發》) sortis respectivement en 1994 et 1996.

 

Le premier, coécrit et coréalisé avec Lee Lik-chi (李力持) a pour personnage principal un boucher devenu agent secret, appelé Ling Ling Chat (凌凌漆), un homonyme de 007.

 

 

Bons baisers de Pékin 《國產凌凌漆》, le film  

 

Le deuxième, coécrit et coréalisé avec Vincent Kok (谷德昭), est une histoire totalement loufoque qui se passe dans la Chine médiévale, où le personnage de Ling Ling Fat (零零發) est un membre de la garde impériale, dans la Cité interdite, dont le nom signifie 008.

 

 

Forbidden City Cop 《大內密探零零發》, trailer  

 

 

Forbidden City Cop, extrait

 

Ø  1999-2004 : le roi de la comédie

 

1. Bien que continuant à tourner avec d’autres réalisateurs jusqu’en 1999, c’est à partir de ces deux premiers films que Stephen Chow se fait un nom en tant que réalisateur. Après 1996 et jusqu’en 2004, il écrit, réalise et produit 4 films qui sont autant de succès et le sacrent en même temps comme grand acteur comique, à commencer par le film sorti en février 1999 à Hong Kong : « King of Comedy » (《喜劇之王》).

 

 

King of Comedy

 

 

Semi-autobiographique, coréalisé avec Lee Lik-chi, le film marque une tournant dans la filmographie de Stephen Chow : il n’abandonne pas le comique absurde typiquement hongkongais, le comique mo lei tau (無厘頭), c’est-à-dire sans queue ni tête (mo lei tau gau 無厘頭尻), caractérisé par un humour décalé ancré dans des anachronismes et des subtilités culturelles incongrues, autant dans les dialogues que dans l’action elle-même [1] ; mais il le fait évoluer en modifiant la personnalité de son protagoniste devenu alter ego raté.

 

Ce personnage est un acteur qui ne décroche que des rôles de figurants, mais qui donne des leçons d’interprétation dans une association de quartier. Un jour, des call girls lui demandent de les aider à jouer les écolières innocentes ; l’une d’elles réussit et tombe amoureuse de lui tandis qu’il parvient de son côté à obtenir un premier rôle. L’histoire dégénère ensuite en rocambolesque scénario d’agents secrets sur fond de triades.

 

Sorti pour le Nouvel An chinois en février 1999, le film a été un succès commercial. Il a lancé l’actrice Cecilia Cheung. Le titre est devenu l’emblème de Stephen Chow.

 

 

King of Comedy, le film sous-titré en chinois mandarin

 

2. Les deux films suivants sont également emblématiques : « Shaolin Soccer » (《少林足球》) en 2001 et « Crazy Kung-Fu » (《功夫》) en 2004.

 

Dans le premier, Stephen Chow interprète un moine adepte d’arts martiaux qui fait découvrir à un ancien joueur professionnel que l’art de Shaolin peut être une arme décisive pour gagner des matches de foot. Ils montent alors une équipe avec des moines de Shaolin. Le film est non seulement un succès commercial, il est aussi favorablement accueilli par la critique.

 

Shaolin Soccer 《少林足球》, le film https://www.bilibili.com/video/BV13jEFz7ECP/

 

Dans « Crazy Kung-Fu », l’action se passe dans la Chine prérévolutionnaire : les gangs font la loi dans les rues, seuls sont laissés en paix quelques quartiers pauvres dont les gangs ne peuvent tirer aucun avantage financier. C’est justement là que se cachent des experts d’arts martiaux qui essaient de ne pas se faire remarquer. Or, arrive là un mafieux minable – interprété par Stephen Chow –  qui veut entrer dans le principal gang, et pour cela tente de se faire mousser en se faisant passer pour un membre éminent du gang afin d’arnaquer les habitants. Ce faisant, il attire l’attention du gang qu’il oblige à sortir de l’ombre…

 

Le film est une lourde coproduction alignant entre autres la Columbia Pictures Asia, China Film et la Huayi Brothers. Les chorégraphies sont signées Sammo Hung, qui a même réalisé deux scènes mais qui est parti en cours de tournage, puis Yuen Woo-ping qui venait de chorégraphier les combats de « Tigre et dragon » (《卧虎藏龙》) quatre ans plus tôt et qui a été primé aux Hong Kong Film Awards en 2005. Le film a récolté cinq récompenses au festival du Golden Horse la même année.

 

 

Crazy Kung-Fu, trailer pour la sortie aux États-Unis 

 

 

Crazy Kung-Fu, extrait

 

Ø  2008-2016 : de la science-fiction à la comédie fantastique

 

1. Une suite de « Crazy Kung-Fu » était prévue, mais a été retardée par la préparation du film de science-fiction « CJ7 » (《長江七號》) sorti en Chine continentale et à Hong Kong fin janvier 2008.

 

Coécrit avec quatre scénaristes dont Vincent Kok, le scénario conte l’histoire d’un ouvrier, interprété par Stephen Chow, qui élève seul son fils, souffre-douleur de ses camarades de classe dans une école de riches. Un jour, dans un grand magasin, l’enfant presse son père de lui acheter un petit robot appelé CJ1, mais il est trop cher, et comme l’enfant insiste, tout se termine par un esclandre dans le magasin. Cette nuit-là, le père se rend dans la décharge où il va souvent et trouve un objet étrange qui émet une étrange lueur verte. Il le rapporte à son fils qui en fait son nouveau jouet quand la chose se transforme en une petite créature alien. Elle a la propriété de pouvoir réparer les choses cassées ou abimées, l’enfant l’appelle CJ7 et y gagne en popularité à l’école… CJ7 ira jusqu’à faire revivre le père qui a eu un accident de travail, mais y dépensera toute son énergie…

 

L’histoire a été imaginée après la mission spatiale Shenzhou 6 (神舟六号) achevée en 2006, suivie du lancement de la mission Shenzhou 7. L’enfant est interprété par une actrice débutante, Xu Jiao (徐嬌), qui a été primée aux Hong Kong Film Awards. Mais le film n’a pas eu le succès des précédents films, ni auprès du public ni auprès des critiques.

 

 

CJ7, le film

 

2. Après « CJ7 », Stephen Chow passe quatre ans sans revenir derrière la caméra en dépit de rumeurs annonçant une suite de « Crazy Kung-Fu » censée se passer dans l’espace. Finalement, il revient avec une énième mouture de l’histoire du Roi Singe : « Journey to the West, Conquering the Demons » (《西遊·降魔篇》), coréalisé avec Derek Kwok (郭子健). Annoncé pour juillet 2011, le film n’est finalement sorti qu’en février 2013.

 

 

Journey to the West, Conquering the Demons

 

 

Il ne faut pas chercher de quel épisode du roman « La pérégrination vers l’ouest » (Xiyouji 《西遊記》) le film est adapté : l’histoire se passe en fait avant celle du roman, quand le moine Xuanzang est encore un tout jeune moine, qui chasse les démons avec des comptines pour enfants ; il rencontre une chasseuse, Duan (段小姐), qui se moque de lui et prône des méthodes plus agressives…

 

Le personnage de Duan est interprété par Shu Qi (舒淇), tandis que Sun Wukong est interprété par Huang Bo (黄渤). Cette fois-ci, le film de Stephen Chow a remporté un grand succès au box-office à sa sortie en Chine, battant le record détenu jusque-là (depuis 2012) par le film de Wu Ershan (乌尔善) « Painted Skin, the Resurrection » (《画皮2).

 

Une suite du film, « Journey to the West, The Demons Strike Back» (《西遊.伏妖篇》), sera réalisée par Tsui Kark et sortira fin janvier 2017.

 

3. Quant à Stephen Chow, il revient ensuite vers la comédie fantastique avec un film qui a de nouveau été un énorme succès au box-office en Chine à sa sortie en février 2016, le lendemain du Nouvel An chinois : « The Mermaid » (《美人鱼》), comédie romantique sur fond de fantastique. C’est le deuxième film de Stephen Chow où il n’apparaît pas.

 

 

The Mermaid

 

 

Liu Xuan (刘轩), un playboy magnat de l’immobilier – interprété par l’acteur populaire Deng Chao (邓超) –  achète une réserve naturelle côtière pour y mener un projet de développement immobilier après y avoir détruit la faune marine. Mais la réserve est habitée par un peuple de sirènes que le projet est en train de tuer et qui envoient l’une des leurs assassiner Liu Xuan. Ils tombent peu à peu amoureux l’un de l’autre, le projet bat de l’aile …

 

L’histoire – écrite par une armée de neuf scénaristes, dont le réalisateur –  est bien sûr inspirée de « La petite sirène » d’Andersen, mais aussi par les souvenirs d’enfance de Stephen Chow. Le message environnementaliste est clair et livré sans une ombre de subtilité, mais avec de l’esprit, a écrit Elizabeth Kerr pour le Hollywood Reporter qui a défini le film comme une « fantaisie écologique », avec un zeste du « nonsense misanthropique » usuel chez Stephen Chow. On peine malgré tout à suivre cette fantaisie dont le scénario, l’interprétation et les effets spéciaux sont un peu grossiers.

 

 

The Mermaid, le film  

 

Ø  2019-2026 : les comédies revues au féminin

 

Stephen Chow avait jusque-là conçu des comédies centrées sur des personnages masculins. Après « The Mermaid », il réalise deux films qui sont non des suites de films antérieurs, mais, surfant sur l’air du temps, des « versions féminines » de ces films.

 

1. Le premier de ces films, sorti en 2019, laisse pourtant penser qu’il s’agit de la suite, dix ans plus tard, du film de 1999 puisqu’il s’intitule « The New King of Comedy » (《新喜剧之王》) ; mais il ne faut pas l’entendre comme un « nouveau roi » mais comme une nouvelle comédie, au féminin.

 

 

The New King of Comedy

 

 

Le scénario reprend l’idée du film précédent : une jeune femme ni très jeune ni très belle aspire depuis des années à devenir une star sans parvenir à dépasser les petits rôles sans lendemain. Sa famille s’acharne à lui faire entendre raison, seul son petit ami continue à l’encourager. Lors d’un tournage, elle rencontre un ami d’enfance, acteur raté devenu dépressif.  En outre, alors qu’elle a réussi à décrocher un second rôle dans une superproduction, « Snow White: Bloodbath in Chinatown », elle retrouve, dans le rôle principal du prince, l’idole de son enfance Ma Ke (马可), devenu lui-même un raté, arrogant et frustré, qui l’humilie sur le plateau. En même temps, elle découvre que son petit ami est en fait un gigolo…  Après un accident où elle frôle la mort, elle décide d’abandonner son rêve et de chercher un emploi. C’est alors qu’elle est retenue pour une audition … d’un nouveau film de Stephen Chow…

 

Le film cultive l’humour noir et grinçant en tournant en dérision les acteurs, mais surtout les actrices, qui passent leur vie à tenter de décrocher le rôle qui puisse les rendre célèbres, au prix d’humiliations sans fin. Le fait que le rôle de Ma Ke ait été confié au comédien Wang Baoqiang (王宝强) oriente le film à mi-parcours vers le rôle masculin. L’humour est sans subtilité, comme le nom de la protagoniste : Rumeng (如梦), c’est-à-dire « comme un rêve ». Le film a été tourné en mandarin, donc pour le public de Chine continentale. Il n’est pas surprenant qu’il n’ait guère eu de succès, car il est en outre sorti, pour le Nouvel An chinois, dans un contexte très concurrentiel, en même temps que huit autres films attendus, dont le film de science-fiction « The Wandering Earth » (《流浪地球》) qui a raflé la première place au box-office.

 

2. Le problème essentiel de « The New King of Comedy » est que, pour une comédie, il n’est pas vraiment drôle. Stephen Chow en a tiré la leçon. Pour son film suivant, « Kungfu Soccer » (《功夫女足》), sorti en Chine en juillet 2026 et également annoncé comme une version au féminin d’un de ses films antérieurs, Stephen Chow est revenu vers un humour déjanté dont les situations, les personnages et les dialogues font feu de tout bois.

 

 

Kungfu Soccer

 

 

« Kungfu Soccer » est un clin d’œil à l’un des premiers films du réalisateur, « Shaolin Soccer » (《少林足球》), sur le thème de l’art martial comme arme décisive sur un terrain de foot. Dans ce nouveau film, l’équipe est entièrement féminine et formée aux arts martiaux depuis l’enfance, comme les moines de Shaolin.

 

Les seize membres de l’équipe se préparent à affronter de redoutables concurrentes dans un tournoi international, la « Coupe suprême et invincible » (“至尊无敌杯”). L’équipe a pour capitaine une joueuse de 40 ans, Shuangshuang (双双), qui explique à qui veut l’entendre que c’est le temps nécessaire pour maîtriser l’art de Shaolin. À ses côtés est son amie d’enfance Yulong (钰珑) ; elles sont un moment séparées par un accès de jalousie quand arrive, comme entraîneur, un ancien camarade d’enfance de Shuangshuang, autrefois gamin obèse et souffre-douleur, mais maintenant aminci et séduisant. Après un bref pugilat, elles se tombent dans les bras, toutes les deux s’étant promis de lutter ensemble jusqu’à la victoire.

 

Après la présentation des personnages, toutes bien typées, le film se poursuit avec la série de matches du tournoi, qui sont en fait de véritables combats d’arts martiaux, boostés aux effets spéciaux, comme une parodie des films de kungfu. Les différentes équipes sont caricaturales à souhait, c’est joyeusement enlevé, avec sans cesse des surprises, comme lorsque la masseuse aveugle de l’équipe – interprétée par l’actrice de la télévision de Hong Kong Sisley Choi (蔡思貝) – se lance in extremis dans la dernière bataille, comme gardien de but face à une équipe redoutable qui a envoyé une partie de l’équipe chinoise à l’infirmerie…

 

Le film est soutenu par une formidable équipe d’actrices, dont les deux principales : dans le rôle de Shuangshuang, Zhang Xiaofei (张小斐), connue pour le rôle de Li Huanying dans « Hi Mom » (《你好,李焕英》) de Jia Ling (贾玲), et l’actrice ouïghoure Dilraba Dilmurat dans le rôle de son amie Yulong. En coulisse, mais non moins présente, comme un big boss surveillant ses troupes de loin en jouant au mahjong : la formidable Carina Lau.

 

 

Shaolin Soccer, le film sous-titré chinois/anglais

 

 


 


[1] Un genre dont les comédies des frères Hui, et surtout Michael Hui (許冠文), sont précurseurs dans les années 1970-1980, avec retour du cantonais dans le cinéma de Hong Kong.

 

     

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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