Qu
Jingkai (屈靖凯)
est un jeune scénariste et réalisateur chinois né en 2000 en
Mongolie intérieure dont le troisième court métrage,
« Kleptomania » (Di san xian
《地三鮮》),
était en compétition à la Berlinale en février 2026 dans la
section Berlinale Shorts : il y a
obtenu le prix CUPRA
(CUPRA Filmmaker Award).
Qu
Jingkai recevant son prix à
la Berlinale
(photo qq.com)
Qu
Jingkai est diplômé de l’Institut du cinéma de Pékin. Il a
commencé par réaliser des courts métrages, forme qu’il
apprécie particulièrement pour la liberté qu’elle permet en
offrant un vaste champ d’expérimentation.
« Kleptomania » est son film de fin d’étude, et son
troisième court métrage après « Soak » (Jinpao
《浸泡》)
en 2022 et « Mimetic Island » (Ni tai duo) en 2023.
Kleptomania
« Kleptomania » (Di san xian
《地三鮮》)
est un court métrage de 24’ qui a pour cadre la ville de
Harbin, ville du nord-est de la Chine connue comme « Cité de
la glace » en raison de son festival annuel, mais qui est en
fait une vieille ville industrielle un peu dilapidée et
polluée, et glaciale l’hiver. C’est cet aspect-là qui
sous-tend l’atmosphère sombre et froide du film, qui part
d’une réflexion sur la violence, une violence latente et
tout aussi froide qui soudain fait irruption dans la vie
d’un jeune garçon. C’est un film d’images fragmentaires
dressant le tableau d’un monde dénué d’émotion, d’une
société sans chaleur humaine où la violence prend racine
[1].
Car la violence est omniprésente et sans fin, comme le
réalise le jeune garçon qui y a recours comme une sorte de
rébellion spontanée, de défi, parce qu’il a perdu un jeu de
cartes auquel il tenait beaucoup.
« Si
un enfant dessine un soleil, ce n’est qu’un enfant
ordinaire, dit le réalisateur. S’il remplit une page du
dessin de dix soleils, il a un problème. » Ces dix soleils
sont le reflet d’un monde intérieur biaisé, perverti. C’est
cette déformation qui est en fait le thème principal de
« Kleptomania » : l’enfant a perdu foi dans le monde qui
l’entoure, qu’il voit comme une sorte de créature menaçant
de le dévorer – il dessine un oiseau mythique en train de
dévorer sa propre progéniture et donne son dessin à son
grand-père qui le regarde sans rien dire, comme paralysé. Et
ce mutisme est plus glaçant que tout discours.
Kleptomania, trailer
[1]À cet
égard, il est intéressant de mettre ce court métrage
en parallèle avec un autre primé en même temps à la
Berlinale, dans la section Generation Kplus :
« Under the Wave Off Little Dragon », d’une
réalisatrice - Luo Jian (罗柬)
– qui vit maintenant au Royaume uni : son film
reflète une vision nostalgique de la Chine qu’elle a
quittée (et qui se trouve d’ailleurs être le désert
de Gobi car elle est, comme Qu Jingkai, originaire
de Mongolie intérieure) – désert glacé de la réalité
contre désert verdoyant du souvenir.