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Metteurs en scène

 
 
 
     
 

Li Hongqi 李红旗

Présentation

par Brigitte Duzan, 27 décembre 2012

 

Li Hongqi est un artiste polyvalent et atypique,  un maître de l’absurde et du nonsense en terre chinoise : une variété hybride de Buñuel et de Jarmusch, avec une touche de Tati et un zeste de Delvaux.

 

Absurde ? C’est lui-même qui l’a dit : que ses œuvres ont une touche d’absurde parce que lui-même est absurde.

 

Il prend plaisir à brouiller les pistes et à ne rien faire comme tout le monde :

拍电影就像下棋,大多数人在做的是如何把每一步棋走得比别人高明、漂亮,而我只想把棋子下到棋盘的外面。

Tourner un film, c’est comme jouer aux échec, mais,  pour la plupart des gens, il s’agit de faire des coups qui soient chaque fois plus subtils et plus beaux que ceux des autres ; moi, au contraire, j’ai uniquement dans l’idée  de voir mes pions éliminés de l’échiquier.

 

Li Hongqi

 

C’est un autre plaisir de tenter de débrouiller ses pistes et savourer son humour baroque.

 

Peintre, rockeur, poète et écrivain

 

Il est né en 1976 dans le Shandong ; ses parents lui ont donné l’un des prénoms les plus courants à l’époque : Hongqi (红旗), le drapeau rouge, prénom qui résume toute une époque ; il devait flotter allègrement, ce drapeau rouge, pour témoigner des glorieuses contributions du rejeton à la gloire nationale. Ils ne pouvaient pas savoir que Mao allait mourir quelques temps plus tard, et que rien ne serait plus comme avant en Chine.

 

Hongqi a commencé par des études de peinture, d’abord dans le Shandong, puis à Pékin, où il a chanté dans un groupe de rock, avant de commencer à écrire des poèmes en 1999 ; il a alors fait partie d’un groupe de poètes de Nankin appelé « Tamen » ou « Eux » (他们 ), puis d’un autre groupe, le « Lower Body » (下半身).

 

Lucky Bastard

 

Grâce au fabuleux outil de diffusion qu’est alors devenu internet pour les poètes (entre autres), sa poésie l’a rendu populaire, tout particulièrement dans le milieu de l’avant-garde littéraire et cinématographique : il est un ami de Zhu Wen (朱文), lui-même également écrivain et cinéaste (1), mais aussi des cinéastes Ning Cai (宁才) et Zhang Lü(张律)» qui ont produit ses premiers films.

 

Il a commencé à écrire des nouvelles, en même temps que ses premiers poèmes, puis il a publié en janvier 2004 un premier roman qui a connu un grand succès, traduit en anglais sous le titre  « Lucky Bastard » (《幸运儿》).Zhu Wen lui a écrit une préface empreinte de son humour habituel, disant qu’il était devenu très paresseux pour écrire, mais qu’il était heureux de sortir sa plume pour Li Hongqi, un jeune poète qu’il avait découvert en lisant un poème intitulé « Amis » (2). Cela sonne comme un hommage de maître à disciple.

 

Un an plus tard, comme Zhu Wen, Li Hongqi s’est tourné vers le cinéma. Pour lui, musique, peinture, écriture ou cinéma ne sont que des outils différents pour un artiste, pour exprimer une vision des choses, de l’univers et, partant, de soi-même. Il a dit que c’était comme une faucille et un marteau, tout dépend de qui s’en sert et dans quel but…

 

Cinéaste d’avant-garde

 

En trois ans, entre 2005 et 2010, Li Hongqi a réalisé quatre films, trois longs métrages et un court, qui l’ont rendu plus célèbres que ses poèmes.

 

2005 : « So much rice » (《好多大米》).

 

C’est une histoire désopilante pour l’entendement commun adapté de l’une de ses nouvelles. Le personnage principal, maître Ma (毛老师), est une sorte d’étranger à la Camus, mais un júwàirén (“局外人”) étranger surtout à lui-même, qui semble rêver sa vie plus que la vivre. Au cours d’un jeu de cache cache avec sa femme, il disparaît. Et reparaît dans une autre ville où il entame un nouveau bout d’existence avec une ‘amie’, Xiao He (小何), comme si de rien n’était, puis repart à nouveau, quelques temps plus tard, un mystérieux sac de riz sur le dos…

 

Li Hongqi débarquait dans le paysage cinématographique chinois avec un style résolument à part, ironique et décalé. Il a lui-même présenté son film comme « une simple plaisanterie, mais une plaisanterie triste » (《好多大米》只是一个玩笑——一个悲伤的玩笑).

 

So Much Rice

 

« So much rice » a été, en 2005-2006, la coqueluche de tous les grands festivals, Pusan, Vancouver, Londres, Nantes, Hong Kong, Singapour, et prix NETPAC au 58ème festival de Locarno, en août 2005. Sa réussite tient à son originalité, mais aussi à l’acteur qui joue le rôle principal, un autre ami de Li Hongqi : le poète Han Dong (韩东), l’un des membres du groupe « Tamen », mais également du mouvement « Duanlie » (《断裂》) initié par Zhu Wen (1). Celui-ci a d’ailleurs été conseiller technique pour le film.

 

Han Dong à dr. dans So Much Rice

 

On ne peut pas vraiment parler d’une ‘école’, mais bien d’une famille spirituelle, à laquelle il faut d’ailleurs ajouter le musicien qui a composé la musique du film, comme celle des suivants de Li Hongqi : Zuoxiao Zuzhou (左小祖咒), également poète et écrivain, qui obtint en 2003 le prix NETPAC à la 54ème Berlinale pour la musique du deuxième film de Zhu Wen, « South of the Clouds » (《云的南方》).

 

2008 : « Routine holiday »  (黄金周).

 

C’est une histoire de vacances  présentée comme « une longue conversation autour d’un canapé ». C’est surtout une satire féroce, tout aussi désopilante que le film précédent, de la fameuse semaine de congés généreusement accordée à l’ensemble de la nation chinoise une semaine par an et appelée « semaine d’or » (黄金周), d’où le titre chinois.

 

Le scénario suit un père et son fils qui, pendant cette semaine et faute de mieux, vont rendre visite à un ami. Pendant qu’ils sont là, vont arriver également d’autres amis, tout aussi désœuvrés et en peine de distraction. Le film commence ironiquement, avec un sous-titre qui rappelle que, en 316 avant Jésus-Christ, Aristote a découvert que la terre était ronde ; sur quoi la caméra nous montre une vaste étendue de champs, plate à l’infini, dans laquelle apparaissent bientôt le père et son fils, le premier disant au second : « Tu vois, c’est un champ. » …

 

Routine Holiday

 

L’appartement de l’ami est triste à mourir d’ennui, et les premiers essais de plaisanteries font long feu. En fait de conversation autour d’un canapé, c’est le silence qui s’installe, souligné par la musique minimaliste de Zuoxiao Zuzhou, car, finalement, tous ces gens non seulement n’ont rien à faire, mais, en outre, n’ont strictement rien à se dire.

 

Routine Holiday, conversation sur un canapé

 

Li Hongqi a signé là un ovni cinématographique qui réalise la prouesse de n’avoir absolument aucune ligne narrative, et qui procède, en plus, à un pas d’escargot, les personnages réunis finissant par fixer leur verre, pour éviter de se regarder. C’est de l’expérimentation surréaliste dont la qualité principale est de rompre avec la vague de réalisme doux-amer à la mode

dans le cinéma chinois. Mais même les festivaliers les plus purs et durs ont eu du mal avec ce film ; on dit que ceux qui, au festival de Busan, sont restés jusqu’à la fin sont ceux qui s’étaient endormis.

 

2008 :  « New Year »  (《新年快乐》).

 

Il s’agit de l’un des cinq courts métrages programmés dans le cadre de l’exposition « Dans la ville chinoise », en août 2008 à Paris.  C’est sans doute le plus original, et le plus intrigant, des cinq courts métrages de l’exposition.

 

Il est annoncé comme illustrant Canton. La ville qu’il dépeint, cependant, n’a rien de la métropole bruyante et affairée qui vient aussitôt à l’esprit quand on parle de cette ville. C’est une ville inquiétante, fantasmatique qui est représentée là, une ville à la limite du cauchemar, sillonnée de personnages vêtus de costumes noirs qui se disent agents d’assurance, mais pourraient aussi bien être des agents de la mort qui rôdent. Ils visitent les maisons, parcourent les allées des supermarchés, conseillant les clients sur les produits qu’ils ont certifiés comme « sûrs ». Et finalement, lorsque l’un des deux personnages sort acheter des nouilles pour fêter le Nouvel An avec son vieux compagnon de route, l’autre essaie d’en profiter pour fuir ce quotidien balisé, et part avec sa couette, qui semble être son seul bien : mais il revient bien vite, car la ville est quadrillée, il n’a aucun endroit où aller…

Les autres films de l’exposition montraient des villes où l’existence était incertaine, et où le souvenir du passé permettait de supporter un présent fade et sans éclat ; mais Li Hongqi nous brosse, dans son court métrage, un tableau à la limite de Kafka, dans des noirs et blancs qui rappellent Murnau. Il ne sort pas de son univers.

 

2010 : « Winter Vacation » ( 寒假)        

 

Ce quatrième film est une autre variation sur le thème des vacances, c’est-à-dire de la vacuité. Il ne s’agit plus de la « semaine d’or », mais des vacances du Nouvel An chinois, c’est-à-dire de la Fête du Printemps. Cette fois, le scénario est un tantinet plus élaboré, mais défie quand même les lois de la logique habituelle, ou de la narration traditionnelle.

 

Li Hongqi décrit un groupe d’adolescents, dans une petite ville du nord, qui tuent le temps comme ils peuvent pendant le dernier jour de leurs vacances et leurs derniers moments de liberté avant de reprendre les cours. Rien n’est attendu, et derrière le bavardage en apparence anodin transparaît la marque ironique du discours officiel et du formatage des esprits.

 

Mais surtout, comme dans « Routine Holidays » déjà, il ne se

 

Winter Vacation

passe rien, car il ne peut rien se passer. Le film est décrit ainsi par Li Hongqi lui-même, dans le style elliptique un tantinet ironique qu’il affectionne :

中国北方,冬天,内蒙古的一个小镇,

九个少年,两个儿童,一群隐隐约约的成年人。
这些无所事事的人,生活在那个沉闷的,似乎什么也不会发生的地方,
最后,果然什么也没有发生。

Quelque part dans le nord de la Chine, l’hiver, dans un petit village de Mongolie intérieure,

         neuf jeunes gens, deux enfants, une foule de gens d’un certain âge.

         Des gens totalement désœuvrés, menant une vie déprimante,

dans cet endroit où, semble-t-il, rien ne peut arriver,

et où, effectivement, à la fin, il ne se sera rien passé.

 

Tout l’art de Li Hongqi est justement de faire des films où il ne se passe rien, mais où l’absurde se glisse soudain, comme à l’improviste, par quelque faille du réel.

 

 

Notes

(1) Sur Zhu Wen, voir http://www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_ZhuWen.htm

(2) Le poème, depuis lors devenu célèbre, est caractéristique du style de Li Hongqi : une sorte de satire sociale d’un humour décalé, construite sur un jeu autour du mot jiāo désignant tout rapport établi avec quelqu’un, sexuel, amical ou social :

 

朋友                                Amis

一九九四年的秋天           A l’automne de 1994
许多人都学会了性交         beaucoup de gens des as en rapports sexuels.
我就是在那时候学会的      C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai appris.
还有很多人                   Mais il y en avait beaucoup aussi
在那年秋天到来之前        cet automne-là
已经性交了好几年了        qui savaient faire depuis déjà des années.
当然了 也有好多人       Et bien sûr il y en avait des tas
直到一九九四年的秋天      même en cet automne de 1994
也没有学会                   qui n’avaient pas encore bien maîtrisé la chose.
如果有兴趣的话              En allant un peu plus loin
那些在一九九四年秋天      si tous ceux qui en cet automne de 1994
学会性交的人                 sont devenus maîtres ès rapports sexuels
请想办法互相联系一下      voulaient bien imaginer comment établir des rapports
说不定大家可以交个朋友    il se pourrait bien que tout le monde ait des amis

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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