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Cui Zi’en 崔子恩

Présentation

par Brigitte Duzan, 08 février 2013

 

Surtout connu comme pionnier de l’activisme gay en Chine, Cui Zi’en est un artiste sensible et fécond, écrivain, scénariste, réalisateur, producteur... Il est devenu une figure incontournable du cinéma indépendant chinois.

 

D’abord écrivain et scénariste…

 

Né en 1958 dans la province du Heilongjiang, Cui Zi’en (崔子恩) a d’abord fait des études de littérature à l’Institut chinois des sciences sociales et il a commencé à écrire.

 

Cui Zi’en

 

Ses premières nouvelles datent de la fin des années 1980, mais c’est le roman « Lèvres pêches » (《桃色嘴唇》), publié à Hong Kong en 1997, qui lui a valu un début de notoriété. Traduit en français par Sylvie Gentil et publié chez Gallimard/Bleu de Chine en 2010, il a pour personnage central un vieil homme jeté en prison pour avoir châtré son fils, violoniste homosexuel ; sur son lit de mort, il raconte sa vie à son médecin, en un long monologue tourmenté évoquant sa propre homosexualité…

 

Le protégé de madame Qing

 

Ses récits ultérieurs poursuivent le même propos, mais sur un ton plus léger. Beaucoup sont la source d’adaptations cinématographiques. La première des nouvelles de Cui Zi’en à être adaptée au cinéma, en 1999, est « Men and Women » (男男女女), film réalisé par Liu Bingjian (刘冰鉴) et sorti en France sous le titre « Le protégé de madame Qing ».

 

L’histoire,  typique de Cui Zi’en, est celle d’un jeune campagnard timide qui est embauché à Pékin par une boutiquière, la madame Qing du titre. Lorsqu’il n’affecte aucun intérêt pour la jeune A Meng qu’elle lui a présentée, elle commence à se poser des questions. Mais elle-même va rompre avec son mari pour vivre avec A Meng…

 

Après ce film, Cui Zi’en passe lui-même derrière la caméra, peut-être parce qu’il trouve la mise en scène de Liu Bingjian trop édulcorée.

 

… Puis cinéaste

 

Son premier film fait l’effet d’une bombe : c’est un véritable manifeste pour la liberté sexuelle et contre toute discrimination basée sur des différences entre sexes que le film montre comme étant essentiellement floues.

 

Les premiers films 

 

Ce premier film est, en 2002, « Enter the Clowns » (丑角登场), adapté d’une nouvelle éponyme publiée en 1998. Le personnage principal est un jeune garçon du nom de Xiao Bo qui vit dans un univers où les lignes de démarcation entre sexes sont floues et mouvantes, au point de devenir presque surréaliste : les changements de sexe sont monnaie courante, mais restent déroutants. Cependant, les excès de la narration finissent par agir sur la perception du spectateur, et, à la fin du film, Cui Zi’en réussit à semer le doute sur la définition même de l’identité sexuelle. Rien ne semble plus assuré. Le résultat est libérateur.

 

Enter the Clowns

 

Extrait 1

 

Extrait 2

 

Le film est provocateur à l’extrême, comme si la provocation était la seule manière de faire entendre sa voix pour un artiste voulant défendre une vision atypique et dérangeante de la société.

 

The Old Testament

 

Un second film, cette même année 2002, pousse le sujet un peu plus loin, avec un titre lui-même provocateur « The Old Testament » (旧约). Le film est en trois parties, intitulées comme des livres de l’Ancien Testament, qui traitent de trois thèmes : la sexualité, l’homophobie et le sida.

 

Dans « Le chant de Salomon », un couple d’homosexuels voit sa relation menacée par l’arrivée d’un ancien amant de l’un des deux, atteint du sida, qu’il se sent obligé d’héberger. Dans « Proverbes », un triangle amoureux est constitué d’un homme qui cherche à conserver son amant et sa femme ; au bout du compte, et l’amant et l’épouse finissent par se demander s’il vaut la peine de se battre pour lui. Dans « Psaumes », enfin, un couple hétéro tente d’empêcher le jeune frère du mari de coucher avec son ami.

 

 

Le film (sous-titres anglais)

 

Ces deux films sont suivis en 2003 de « Night Scene » (夜景), initialement prévu comme un film de fiction, sorte de troisième volet d’une trilogie, mais se présente dans sa version finale comme une série d’interviews de jeunes homosexuels à Pékin, aujourd’hui. Le style est ici plus soigné. Le film commence par une très belle scène d’un jeune garçon filmé à travers un aquarium, confession crue d’une vie ardue qui tranche avec les évolutions paisibles des poissons dans l’eau.

 

Chaque interview est ainsi traitée comme un tableau, dans une gamme de couleur différente. L’ensemble finit par dessiner le portrait d’un monde surtout nocturne, où les différences d’identités, ici aussi, sont ténues, accentuées par le fait que les prostitués sont interprétés par des acteurs, contribuant à brouiller les distinctions entre réalité et fiction.

 

Night Scene

 

Affinement du style et adoucissement du ton

 

Après les outrances initiales, Cui Zi’en a donc peu à peu affiné son style et soigné ses scénarios, en offrant une vision plus sobre de son univers, et finalement plus émouvante.

 

My Fair Son

 

En 2005, il réalise l’un de ses plus beaux films à cette heure : « My Fair Son » (我如花似玉的儿子), dont le titre lui-même évite la provocation crue des premiers films – il s’agit d’une expression littéraire 如花似玉 rúhuāsìyù, désignant une femme « belle comme une fleur et comme du jade ».

 

Il donne le ton du film : sensible et retenu. Après des années de séparation, un jeune artiste revient chez son père, entrepreneur aisé. L’atmosphère est tendue, le fils renfermé, mais il se détend peu à peu au contact d’un employé de son père, sorte d’homme à tout faire qui a ses habitudes dans la maison. Mais, les relations entre les deux jeunes gens étant devenues intimes, le père renvoie l’employé et lui demande de ne jamais revoir son fils.

 

Le film est empreint d’une grande douceur, filmé et interprété avec sensibilité, et semble marquer un tournant dans l’œuvre

de Cui Zi’en, reflétant une maturation intellectuelle autant qu’artistique.

 

« My Fair Son » est complété en 2006 par un film qui reprend cette même tonalité en demi-teinte : « Refrain » (副歌) est une chronique de vie au quotidien, celle de deux jeunes gens qui partagent un petit appartement le long d’une voie ferrée.  L'un, poète comme le sont les simples d'esprits, espère se faire fleur en en mangeant ; l'autre, atteint du SIDA, craint de le laisser seul et sans ressources à sa mort. Tous deux se soutiennent et se protègent. Cui Zi’en montre une nouvelle

 

Refrain

maîtrise esthétique, dans ce film, avec ses deux personnages en équilibre instable dégageant une sorte de grâce. 

 

Documentaires

 

Queer China, Comrade China

 

Cette vision pacifiée se double d’une réflexion approfondie sur son sujet. En 2008, Cui Zi’en réalise le documentaire « Queer China » (志同志) qui dresse un tableau historique de l’évolution du mouvement gay dans la Chine moderne au cours des 80 dernières années. Il examine comment les progrès en matière de loi et d’éducation, mais aussi en matière de couverture par les médias, ont transformé peu à peu un mouvement qui était à l’origine un tabou absolu en une culture spécifique, et en passe d’être socialement acceptée, comme partout.

 

 

Queer China (sous-titres anglais)

 

Mais Cui Zi’en ne se borne plus à traiter des sujets sur l’homosexualité. Il s’intéresse aussi à d’autres marginaux sociaux. C’est ainsi qu’en 2007 il a tourné un documentaire sur des enfants de migrants privés d’éducation à Pékin : « We are the … of communism ».

 

Il a filmé les enfants d’une communauté de migrants dont l’école a été fermée par les autorités sous le prétexte que les locaux n’étaient pas sûrs. Le résultat, ironique, est qu’ils se sont retrouvés dans des locaux bien plus insalubres, puis dans un bus désaffecté, et enfin dans la rue. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une petite quinzaine à continuer à suivre quelques cours de fortune.

 

 

Bande annonce

 

Professeur et Producteur

 

Cui Zi’en est entré à la fin des années 1980 comme professeur de littérature à l’Institut du cinéma de Pékin. Mais, en 1991, après avoir proclamé son homosexualité, il a été privé de cours, donc de salaire, et interdit d’enseignement pendant dix ans. Il a recommencé ses cours en 2001.

 

Mais il est devenu une figure très influente du cinéma indépendant chinois, se faisant producteur à l’occasion pour aider des jeunes cinéastes parmi ses élèves à réaliser leurs œuvres. C’est ainsi que, en 2008, il a produit le second film de Yang Jin (杨瑾), « Er Dong » (《二冬》), et, en 2010, le second film de Li Ruijun (李睿珺), « The Old Donkey » (《老驴头》), dont le directeur de la photographie était… Yang Jin. Il y a là comme une école autour de son maître.

 

 

Filmographie

(Principaux films réalisés)

 

2002        Enter the Clowns  丑角登场

                The Old Testament  旧约

2003       Feeding Boys, Ayaya 哎呀呀,去哺乳

             Keep Cool and Don't Blush 脸不变色心不跳

             Night Scene 夜景

2004       An Interior View of Death 死亡的內景

             The Narrow Path 雾语

             Shitou and That Nana 石头和那个娜娜

             Star Appeal 星星相吸惜

2005       My Fair Son 我如花似玉的儿子

             Withered in a Blooming Season 少年花草黄

2006       Refrain  副歌

2007       We are the … of communism (documentaire)

2008       Queer China, ‘Comrade’ China 《誌同志 (documentaire)

        

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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