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Mark Lee Ping-bin 李屏賓

Présentation

par Brigitte Duzan, 23 février 2016

 

Mark Lee Ping-bin est un célèbre photographe taïwanais devenu l’un des plus grands directeurs de la photographie du cinéma contemporain, avec à son actif quelque soixante-dix films et la réputation d’être un maître de la lumière. C’est un artiste charismatique et hors normes.

 

Débuts à la CMPC

 

Mark Lee Ping-bin est né à Taiwan en août 1954. Son père est mort quand il était enfant, et il a été élevé par sa mère.

 

Il a commencé sa carrière en 1977, à la Central Motion Picture Corporation (CMPC), le grand studio d’Etat taïwanais créé en 1963, après y être entré de justesse alors qu’il était en liste d’attente. Le destin, dit-il.

 

A la CMPC, le cinéma traverse alors une période d’ajustement après la reconnaissance de la Chine populaire par les

 

Mark Lee Ping-bin

 

Kulian (Portrait of a Fanatic)

 

Etats-Unis et l’isolement de Taiwan sur la scène internationale. L’heure est aux « films nationaux ». Lee Ping-bin se souvient en outre d’une sorte de travail de caste dans le domaine technique, tout le monde appliquant des règles et des codes établis, sans réfléchir et sans expliquer aux nouveaux venus.

 

Lee Ping-bin a travaillé en particulier comme assistant sur « Unrequited Love », rebaptisé « Portrait of a Fanatic » (Kulian《苦恋》), la version taïwanaise du film interdit en République populaire réalisée par Wang Tung (王童) à la CMPC en 1982 [1]. Le chef opérateur du film Lin Hong-zhong a obtenu le prix de la meilleure photographie au festival du Golden Horse à Taipei en 1982.

 

 

C’est deux ans plus tard qu’il travaille pour la première fois comme chef opérateur à part entière : sur « Run Away » (策马入林), de Wang Tung également. C’est un film de wuxia commandé par le studio, mais la photo est très remarquée, et attire l’attention, en particulier, de Hou Hsiao-hsien, qui l’invite à travailler sur le film qu’il est en train de préparer : « Un temps pour vivre, un temps pour mourir » (《童年往事》).

 

Hou Hsiao-hsien et un autre cinéma

 

Run Away

 

Un temps pour vivre, un temps pour mourir

 

Ce film marque le début d’une longue collaboration avec Hou Hsiao-hsien, au début du mouvement du nouveau cinéma taïwanais auquel Lee Ping-bin a apporté sa propre contribution, en s’affranchissant des règles et normes de la profession, en particulier sur le plan de la lumière et de la couleur.

 

 

Lumière et couleurs

 

C’est ce qui revient régulièrement dans leurs interviews : la préoccupation de Hou Hsiao-hsien d’avoir la lumière la plus naturelle possible, hors projecteurs, la voulant constamment plus sombre ( ), au point d’obliger parfois Lee Ping-bin à tricher, sans rien dire pour ne pas inquiéter inutilement le réalisateur, et à utiliser des filtres et des « trucs » inventés pour l’occasion pour obtenir la lumière diffuse que rêvait Hou Hsiao-hsien, à la limite de l’obscurité et des capacités de la caméra.

 

Le nouveau cinéma, c’est cela aussi, la lumière et les couleurs : lumière tamisée des « Fleurs de Shanghai », couleurs travaillées du « Maître de marionnettes ».

 

Nature

 

Travailler avec Hou Hsiao-hsien a aussi été une école de la nature qui a formé tout un aspect de la personnalité de Lee Ping-bin. Il raconte ainsi que, alors qu’il était prévu de filmer l’une des séquences de « Un temps pour vivre, un temps pour mourir » sous un ciel bleu et un beau soleil, le jour du tournage, les éléments se sont déchaînés. Lee Ping-bin a convaincu Hou Hsiao-hsien de filmer la tempête : c’est l’une des plus belles scènes du film.

 

Le soleil se lève aussi, le train fantôme à la fin du film

 

Le soleil se lève aussi, cadrage dans la brume

 

Autre exemple resté dans les annales, la dernière partie du superbe film de Jiang Wen (姜文) « Le soleil se lève aussi » (《太阳照常升起》) devait se passer en plein désert, donc sous un soleil éclatant, dans un décor de dunes de sable doré. De manière incroyable, il s’est mis à neiger, chose inouïe que même les vieillards de la population locale ne se souvenaient pas avoir jamais vue. Lee Ping-bin a profité de ce qu’il a considéré comme un cadeau du ciel et la scène dans le désert sous la

neige participe du rêve éveillé qu’est le film, en grande partie grâce à ses images. 

 

De Ann Hui à Wong Kar-wai et à Yang Chao

 

Si « Les Fleurs de Shanghai » est une splendeur visuelle, empreinte de la nostalgie voulue, qui fait suite en 1998 à « Eighteen Springs » (半生缘) d’Ann Hui (许鞍华), l’année précédente, le grand succès du tournant du siècle, autant pour Lee Ping-bin que pour Wong Kar-wai, c’est « In the Mood for Love » (花样年华), en 2000 : le jury du festival de Cannes lui décerne son Grand Prix technique pour la photo de ce film.

 

Mais c’est un prix partagé avec Christopher Doyle, le chef opérateur habituel de Wong Kar-wai à partir de « Nos années sauvages » (《阿飞正传》) en 1991 ; à cause du retard pris dans le tournage du film, Christopher Doyle a dû abandonner le tournage, et Mark Lee Ping-bin a pris sa suite.

 

Wong Kar-wai après Hou Hsiao-hsien, c’est une autre école, mais finalement la même recherche identitaire dans la

 

In the Mood for Love, jeux d’ombres

mémoire du passé, et en particulier celle de l’enfance… Mais l’originalité n’est plus tant dans la lumière que dans les cadrages, et une certaine lenteur comme réflexive dans l’approche du sujet.

 

« In the Mood for Love » lui doit beaucoup. Wong Kar-wai a comparé ses deux chefs opérateurs : si Christopher Doyle est un marin, a-t-il dit, Lee Ping-bin est un soldat. Sylvia Chang (张艾嘉), qui a travaillé avec lui en 1999 pour « Tempting Heart » (《心动》) l’a également défini ainsi, pour la tension et la concentration qu’il met dans son travail en tournage.

 

Poète de la lumière et de l’ombre

 

Sur le tournage de The Assassin, avec le directeur du son, Tu Tu-chih

 

Mais il est surtout un poète, dont la matière première est dans les jeux de lumière et d’ombres, les jeux de couleurs tamisées et d’ombres dans la brume.

 

Après avoir travaillé avec les plus grands réalisateurs de son temps, c’est par la poésie de l’image que se caractérise surtout Lee Ping-bin aujourd’hui, mais une image maîtrisée, d’une beauté presque abstraite,

comme dans « The Assassin » (《刺客聶隱娘), son dernier film avec son premier maître.

 

C’est une image qui a abandonné la nostalgie pour les reflets de l’irréel, dans la brume et dans l’eau, comme dans celles du récent film de Yang Chao (杨超) pour lequel il a obtenu l’Ours d’argent pour contribution artistique exceptionnelle à la 66ème Berlinale, en février 2016 : « Crosscurrent » (《长江图》).

 
 

Crosscurrent, poésie surréelle de l’image

 

 

Livre 

2009 Recueil de ses photographies intitulé « Mark Lee Ping-bin : a Poet of Light and Shadow »《光影诗人李屏宾》

 

 

 

Filmographie

 

Films de Hou Hsiao-hsien

 

1985 Un temps pour vivre, un temps pour mourir

1987 Poussières dans le vent

1993 Le Maître de marionnettes

Et tous les films à partir de 1996 :

1996 Good Bye South, Good Bye

1998 Les Fleurs de Shanghai

2001 Millenium Mambo

2003 Café Lumière

2005 Three Times

2007 Le Voyage du ballon rouge

2015 The Assassin

 

Autres films

 

http://hkmdb.com/db/people/view.mhtml?id=6022&display_set=eng

 

 

A lire, voir et écouter en complément

 

Conversation avec Hou Hsiao-hsien et Marc Lee Ping-Bin, le 13 octobre 2015 au Samuel Goldwyn Theater, en marge des Academy Awards:

 

 

« Let the Wind Carry Me »乘着光影旅行, documentaire sur Lee Ping-bin tourné en 2009 par le réalisateur taïwanais Chiang Hsiu-chiung (姜秀琼) et le chef opérateur et réalisateur hongkongais Kwan Pun-leung (关本良) :

 

 

Revue Positif n°641, juillet 2014 : « Mark Lee Ping Bing, maître des lumières et des couleurs » par Hubert Niogret.

 

 


 

[1] Adaptation du célèbre roman de Bai Hua (白桦), sur un peintre persécuté pendant la Révolution culturelle. L’adaptation en Chine populaire a déclenché une vive controverse, et une campagne contre Bai Hua et le film, à l’instigation de Deng Xiaoping lui-même.

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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